L'enquête sur le ressenti discriminatoire : un outil de lutte contre les discriminations

19/03/2025

Dans le cadre du plan de lutte contre les discriminations, la Ville de Rennes et Rennes Métropole poursuivent leur engagement en faveur de l'égalité avec une nouvelle enquête sur le ressenti discriminatoire, cinq ans après celle de 2019. En 2024, 61% des répondantes et répondants déclarent avoir subi des discriminations au cours des 12 derniers mois. Cette enquête permet de nourrir les réflexions et les travaux de la Ville de Rennes et de Rennes Métropole, qui présenteront leur nouveau plan de lutte contre les discriminations, en septembre 2025.

Sexisme et racisme, premiers critères de discrimination dans la Métropole

L'enquête, menée avec l'association de recherche et d'étude sur la santé, la ville et les inégalités (ARESVI), repose sur l'étude de 26 critères de discrimination, dans les transports, dans la rue, au travail, dans les services publics, etc.

Concrètement, cette enquête répond à plusieurs objectifs :

  • Saisir les expériences individuelles ;
  • Analyser la perception des discriminations des individus ;
  • Mettre en relation des faits objectifs (les expériences vécues) et subjectifs (les sentiments) ;
  • Interroger les soutiens, le rôle des témoins ;
  • Fournir des éléments de contexte.

L’enquête interroge le sentiment, l’émotion, ainsi que l’expérience de discrimination : les participantes et les participants informent sur les phénomènes de discrimination qu’ils ont subis à travers :

  • Un questionnaire envoyé à tous les habitantes et les habitants du territoire pour recueillir les avis et témoignages ;
  • 4 groupes de parole réunis sur les formes d’âgisme, de discriminations liées à la santé psychique et mentale, l’apparence physique et les LGBTQIphobies ;
  • 16 entretiens individuels approfondis avec des personnes victimes de racisme et de sexisme…

Sur les 1 573 témoignages recueillis en 2024, 61% des personnes interrogées déclarent avoir vécu des discriminations, contre 74% en 2019.

En termes de critères, le sexisme reste omniprésent (17%), et le racisme est en hausse. Ce dernier conjugue les discriminations liées à l’origine réelle ou supposée (15% en 2024 contre 13% en 2019), l’apparence physique (18% en 2024 contre 13% en 2019) mais également la religion (3% en 2024, contre 4% en 2019).

Concernant les faits, le mépris représente les principales expressions des discriminations, notamment racistes (68 %) et sexistes (54 %) mais aussi liées au critère du handicap (76 % en 2024, contre 25 % en 2019, sur les faits de dénigrement).

Les personnes victimes de racisme ou d'handiphobie se disent plus victimes de mépris que les autres. À l'inverse, les victimes de sexisme se disent beaucoup plus victimes de regards insistants et d'agressions sexuelles. Les personnes LGBTQI+ sont, quant à elles, beaucoup plus victimes d'injures et d'agressions physiques. Ces indications éclairent sur les politiques publiques de lutte contre les discriminations à mettre en œuvre : tous les publics ne vivent pas tout à fait les mêmes intensités de fait (et de délit).    

Des discriminations subies encore trop souvent laissées sans écho

En 2019, un tiers des répondantes et répondants disent ne pas s'être sentis écoutés dans les lieux d'écoute et de conseils (gendarmerie, police, institutions diverses, associations, cercles amicaux). Ce chiffre monte à 40% en 2024.

En 2019, 36% déclaraient ne pas savoir où se renseigner concernant leurs droits, un chiffre comparable en 2024. Parmi les 64% qui déclarent connaitre leurs droits ou savoir où se rendre pour se renseigner, 5% seulement disent avoir demandé de l'aide auprès d'une association. Un chiffre en légère hausse (3% en 2019).

Les soutiens et l'intervention de témoins demeurent faibles, avec 69% de témoins qui n'interviennent pas, et seuls 7% en moyenne qui interviennent pour aider. Plusieurs raisons expliquent la non-intervention des témoins : peur, sidération, attente que d'autres interviennent, ne pas savoir quoi faire ou une situation de vulnérabilité individuelle.

Là où la parole - ou l'écoute - se libère sur certains critères comme le sexisme, certaines expériences restent tues, comme pour le handicap ou la santé mentale : « C'est difficile de parler quand on est en souffrance et souvent, quand on en parle, on ne nous comprend pas ». 

Rennes, une ville volontariste en matière de lutte contre les discriminations et de promotion de l’Égalité

Depuis la première charte « Rennes Ville accessible » en 1989, la Ville de Rennes mène une politique volontariste en matière de promotion de l'égalité réelle. Ce travail a conduit la collectivité à adopter un premier plan de lutte contre les discriminations en 2009 : une politique globale en la matière.    

16 ans plus tard, l'enquête menée par ARESVI présente plusieurs préconisations pour lutter contre les différents types de discriminations :  politiques préventives, campagnes d'information, de prévention, et de sensibilisation, formations du grand public et des professionnels, médiations, développement d'outils, collaborations entre acteurs associatifs et publics... Ces préconisations viendront nourrir le nouveau plan de lutte contre les discriminations qui sera présenté en septembre 2025.         

L'Aresvi, l’association de recherche et d’étude sur la santé, la ville et les inégalités

ARESVI, l'association de recherche et d'étude sur la santé, la ville et les inégalités, est une association de recherche fondée en 2014. Elle a pour but de diffuser les savoirs en sciences humaines et sociales et animer la recherche autour de la santé, de la ville, des inégalités et des discriminations. ARESVI élabore et produit des enquêtes, des évaluations, des formations et des diagnostics sur ses sujets de recherche. Les travaux d'ARESVI ont pour axe transversal la lutte contre les discriminations, garante du principe d'égalité.

ARESVI co-dirige la revue Les Cahiers de la LCD - Lutte Contre les Discriminations, une interface académique autour de la lutte contre les discriminations.        

Tutu